Patrick Viveret était venu, début décembre, débattre avec Vanves Citoyenne, sur le thème de la crise. J'ai essayé de résumer son intervention. Elle me paraît riche d'enseignements et d'espoir si nous avons réellement la volonté de changer les choses.
La crise que nous subissons a de multiples facettes.
Elle est :
- écologique, plus présente que jamais,
- sociale, voir la faim dans le monde,
- géopolitique, avec la fin de l’hyper puissance américaine,
- économique et financière, marquée par une crise de confiance généralisée.
Face à cette crise systémique, (les différents phénomènes agissant les uns sur les autres), la réponse ne peut être que de même nature, c'est-à-dire elle aussi, systémique.
Le développement des inégalités est devenu obscène. Ford estimait que les écarts de revenus ne devaient pas dépasser une fourchette de 1 à 40. D’autres la limitaient à un écart de 1 à 20. Aujourd’hui, nous sommes dans la démesure : les 3 personnes les plus riches du monde possèdent à elles seules des biens équivalents à ceux des 48 pays les plus pauvres de la planète!
Il faut d’abord s’attaquer au creusement des inégalités sociales. Elles portent en germe le risque du terrorisme.
L’économie est devenue complètement spéculative. L’économie réelle ne représente plus que 3% d’une économie qui est à 97% fictive !
Wall Street ne connaît que deux sentiments : la dépression ou l’euphorie.
Aristote, déjà, disait que la civilisation était en danger si elle n’était intéressée que par la recherche du profit.
Face à la démesure, Viveret préconise « la sobriété heureuse »
Un rapport du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) daté de 1998
estimait à 40 milliards de dollars le coût des mesures permettant d’éradiquer la faim dans le monde, l’accès à l’eau potable, aux soins de base et à un logement décent. Au regard de ce chiffre, les dépenses de publicité, et des stupéfiants étaient estimées chacune à 400 milliards de dollars, les dépenses militaires à 800 milliards de dollars.
Aujourd’hui, Lester Brown, auteur du « Pacte écologique mondial » chiffre les besoins fondamentaux à 173 milliards de dollars, comparés aux 800 milliards de publicité et aux 1200
milliards de dépenses militaires.
Est-ce la fin d’un monde? Peut-être, mais nous avons les moyens de l’éviter. Cela passe par un changement radical de notre conception du sens donné à la vie : moins d’ « avoir » et plus d’ « être ». Les raretés artificielles ont entraîné un détournement de l’ordre du désir. Ce qui est à la fois le point commun des crises et au cœur d’elles, c’est le mal-être. La réponse, c’est la sobriété et le travail sur le « mieux-être ».
L’essentiel : qu’est-ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue ? Réponse : « l’art de vivre, à la bonheur. »
La question, finalement, est autant personnelle que politique.
L’humanité est-elle capable de rentrer dans une voie de sagesse ?
La barbarie est devenue intérieure. Albert Camus disait, au lendemain d’Hiroshima : « Jamais la société humaine n’avait été capable d’un tel acte de barbarie, se détruire. »
Nous bénéficions pourtant d’une opportunité considérable. L’humanité est capable de s’autogouverner. Une citoyenneté terrestre peut faire place à la barbarie intérieure. Il faut mettre en avant le désir de poursuivre l’aventure humaine. La réponse est à la fois démocratique et citoyenne. Il y a lieu d’exploiter la nécessité de ces défis.
Est-ce une utopie ? Lorsque des familles « vivent » aujourd’hui avec moins de 500 € par mois, on pourrait le craindre.
« Il nous faut allier le pessimisme de l’intelligence avec l’optimisme de la volonté » disait Gramsci.
L’aventure humaine vaut le risque d’être vécue.