Nous sommes à 15 jours des élections européennes qui auront lieu le dimanche 7 juin.
La crise que nous traversons est-elle, à elle seule, responsable du peu d'intérêt que les Français manifestent pour ce scrutin ? On peut se poser la question.
L'Europe s'est d'abord construite sur la seule idée (ou presque) qu'un marché unique suffirait à donner à nos pays - qui s'étaient déchirés pendant la guerre - la prospérité, et donc la paix. Ce sont les traités sur le charbon et l'acier (1951), puis celui de Rome (1957) créant la communauté économique européenne.
Ce n'est que beaucoup plus tard, en 1996, puis en 2000, avec l'adoption de la stratégie de Lisbonne, qu'un certain nombre de dirigeants européens, dont les socialistes français, qui étaient alors au pouvoir, ont voulu rééquilibrer l'édifice européen en lui donnant le "pilier" social qui lui manquait: la cohésion sociale, la connaissance partagée par le plus grand nombre...
Le problème, c'est que nous n'avons pas eu la majorité et la durée suffisante pour éviter que l'Europe ne s'enfonce vers un libéralisme de moins en moins protecteur pour nos concitoyens. Et c'est sans doute là que le bât blesse. Car la construction européenne se fait toujours sur des compromis. Il faut clairement expliquer aux électeurs que ce que nous voulons, c'est à la fois, une Europe qui profite au plus grand nombre et qui protège et aide celles et ceux qui en ont le plus besoin.
Et que l'Europe libérale de Monsieur Barroso n'est pas la même que celle de Jacques Delors.
Il faut aussi rappeler qu'entre le secteur marchand et le secteur public, il existe une économie réelle qui n'est pas fondée que sur la recherche de la rentabilité financière: c'est ce que l'on appelle l'économie sociale et solidaire.
Il faut la mettre en avant plus que nous ne le faisons dans nos débats. Elle peut se développer sous de multiples formes: les coopératives, les associations, les entreprises d'insertion, les régies de quartier...Le marché ne peut pas et ne doit pas être la réponse à tout. Il est des services et des biens qui n'ont pas de valeur marchande. C'est un domaine très vaste qui va des soins à l'éducation, en passant par la culture, le logement social, le tourisme du même nom, ...Ce qui ne signifie pas qu'il faille se désintéresser de son efficacité...
Mais, est-il normal que tant d'enfants ne partent pas en vacances parce que les parents n'ont pas les moyens de les leur offrir, ou de partir avec eux, et qu'il n'exite plus d'associations subventionnées pour organiser des vacances pas chères pour tous ?
Est-il normal que 70% des transports collectifs des grandes villes soient dans les mains de quelques sociétés privées qui "trustent" aussi les marchés juteux de la propreté, de l'environnement, de l'eau...
La mairie de Paris vient de donner l'exemple en reprenant en régie une partie de la production et de la distribution de l'eau de la capitale. C'est un bien essentiel. Il doit être protégé des seules forces du marché. www.eaudeparis.fr
Voilà un bon exemple de l'Europe que nous voulons.