Les sondages apportent parfois des éclairages surprenants sur ce que pensent les Français. Ce matin, on apprend ainsi que Jacques Chirac est leur personnalité politique préférée (sondage Ifop-Paris Match à paraître demain). C'est le score qui me paraît étonnant: 74% d'opinions positives.
Je ne connaîs pas bien l'ancien Président de la République mais j'ai eu l'occasion de le rencontrer à trois ou quatre reprises lorsque j'étais membre du Haut comité pour le logement des personnes défavorisées et du Haut conseil de la population. Il est vrai qu'il se montrait très attentif à nos rapports, passant les deux heures, dans une salle de réunion de l'Elysée, à nous écouter et à poser des questions. Mais nous avions avec nous Xavier Emmanuelli, Jack Ralite, Paul Bouchet...C'est même grâce à lui que l'article 55 de la loi SRU (Solidarité et renouvellement urbain) de 2000 qui oblige les villes à avoir plus de 20% de logements sociaux a été maintenu. La droite parlementaire, revenue au pouvoir, voulait supprimer cette obligation, seule gage, pourtant, de mixité sociale. Chirac se montrait aussi très intéressé aux rapports annuels du PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement). Un petit truc m'avait frappé: il utilisait, pour écrire, ces gros crayons des menuisiers: une pointe rouge, l'autre bleue...
Mais cela ne peut pas nous faire oublier qu'il n'a eu cesse de nous tromper: en promettant de tout faire pour lutter contre la fracture sociale en 1995, puis contre la fracture mondiale en 2002. Rappelez-vous: " La maison brûle. Nous regardons ailleurs". Dans ces deux domaines essentiels pour l'avenir de notre société: la cohésion sociale et le développement durable, quelles sont les vraies avancées des deux présidences Chirac ? Peut-on mettre en face de ces volontés successivement affichées des mesures concrètes qui aient VRAIMENT changé les choses? Sincèrement, je n'en trouve pas.
L'explication de cette soudaine popularité, on la trouve dans le Parisien de ce matin, de la bouche d'un de ses amis: "...Chirac n'est plus dans l'action, ni dans la compétition, ce n'est donc pas illogique qu'il recueille un tel taux d'adhésion."
Morale (triste) de l'histoire: moins on en fait, plus on est populaire...Ce qui ne signifie pas que l'impopularité de son successeur tienne au fait qu'il en fasse trop... Ce qui importe, c'est de faire les bonnes réformes dont notre société a le plus grand besoin. Et cela Nicolas Sarkozy ne l'a pas compris non plus.
Un exemple. J'apprends, dans un rapport qui n'est pas encore rendu public (le sera-t'il?), que 40% des enfants des quartiers classés ZUS (Zones urbaines sensibles) sont pauvres. Des mesures devraient être prises en urgence afin que l' avenir de ces enfants ne soit pas à l'image de ce qu'ils vivent aujourd'hui !
Ces mesures, ô combien utiles, seraient-elles populaires ? A vous de juger !
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